UN TRAITEMENT GLOBAL EN DENTISTERIE
Les
patients préfèrent-ils un traitement sporadique ou un traitement global ?
Que
propose un chirurgien-dentiste dans son cabinet : des soins ou de la
santé ?
Demain
est-il fait de soins curatifs, ou de soins préventifs ?
De nos
jours, la première mission d’une profession de santé est de soigner des
malades. La seconde est de maintenir en bonne santé. A quand l’inversion de ces
priorités ?
Combien
de patients connaissent-ils ces deux objectifs ?
Combien
de chirurgiens-dentistes organisent-ils leur exercice autour de ces deux
ambitions ?
Or il
existe une dentisterie qui englobe ces deux missions.
Après
que le chirurgien-dentiste ait estimé la situation initiale globale du patient
à l’aide d’un questionnaire et d’un bilan très complet, la dentisterie dite
‘’globale’’ vise l’installation en bouche de conditions favorables aux soins,
puis elle permet les soins adéquats pour enfin assurer la pérennité de la santé
bucco-dentaire après soins.
Cette
dentisterie, qui devrait en théorie être systématiquement pratiquée, est tout
particulièrement recommandée à ceux qui ont franchi la cinquantaine en ayant
connu de nombreux problèmes de bouche, plus ou moins ponctuellement traités.
C’est la
dentisterie prophylactique individualisée qui repose sur quatre phases, les
quatre phases d’un traitement global :
1) La phase diagnostic :
Hormis le cas
particulier de l’urgence, les patients qui prennent rendez-vous au cabinet
dentaire pour un motif localisé sont infiniment plus nombreux que ceux qui
viennent pour l’estimation complète de leur santé buccale.
L’objectif
aujourd’hui est de proposer l’opportunité de construire une santé durable grâce
à un bilan global.
Celui-ci repose sur
l’analyse du terrain et sur l’analyse des risques.
Classiquement, le
diagnostic ne concernait que le terrain et reposait sur une vision instantanée,
arrêtée, isolée, des dents du patient.
Aujourd’hui le
diagnostic repose sur une vision dynamique, prédictive, globale du patient et
de son environnement.
L’avantage de cette
approche, est qu’il existe un décalage entre l’apparition des causes pathogènes
et l’apparition des signes tels que caries, maladies parodontales, kystes, etc…
La possibilité
d’estimer le risque carieux et le risque parodontal est désormais
assurée ;
compte tenu qu’il
existe une disparité dans la population à présenter un risque pour les
affections bucco-dentaires.
Dix à quinze pour
cent des français présentent un risque élevé, quatre-vingt pour cent un risque
modéré et cinq à dix pour cent un risque faible.
Les moyens utiles à
la réalisation de l’inventaire diagnostic complet sont le questionnaire
médical, l’examen clinique, l’examen radiographique, le contrôle du tartre, les
plâtres d’étude, les photographies, les tests biologique, microbien et salivaire,
le bilan alimentaire, etc…
Cette approche,
comme la suite de la prise en charge est individualisée.
Très souvent, la
gageure devient pour le thérapeute d’expliquer au patient que le motif de sa
consultation n’est que la partie émergée de l’iceberg.
En fait, il
appartient à chacun de décider soit de faire éteindre des ‘’incendies buccaux’’
à répétition (mais le thérapeute aime de moins en moins ne traiter qu’un
morceau de la bouche), soit de faire construire par son chirurgien-dentiste,
une santé buccale sur le long terme.
2) La phase prophylactique :
La première partie
de cette phase prophylactique commence par la présentation par le
chirurgien-dentiste des résultats obtenus au cours de la phase diagnostique.
Il s’agit d’exposer
la situation complète, c’est à dire d’évoquer tous les problèmes sans
exception.
C’est aussi le
moment des explications. Qu’est-ce qu’une carie ? Pourquoi l’os se
‘’déchausse-t-il’’ ? Pourquoi l’articulation mandibulaire fait-elle
souffrir ?...
Puis vient le temps
de présentation d’un projet thérapeutique, c’est le temps d’évoquer les
solutions, simplement mais complètement.
Le conditionnement
intellectuel est tel malheureusement que pour l’immense majorité de nos
compatriotes, l’exercice dentaire de divise en deux parties, les soins et la
prothèse.
Cette dichotomie
génère une multitude de traitements incomplets : des dents dont les canaux
sont traités mais sans couronnes, des bouches dans lesquelles des dents sont
extraites mais non remplacées, des détartrages mais des maladies parodontales
non traitées !
C’est le quotidien
des dentistes, qui dépriment à l’idée de convaincre très difficilement qu’une
faible part de la population qu’elle peut espérer pour sa bouche une longue vie
tranquille !
A terme quel est le bénéfice
de cet exercice sporadique ? Combien de soins sont à reprendre ?
Combien de traitements sont aujourd’hui plus lourds qu’hier, et moins que
demain ?!
La deuxième
partie de cette phase vise l’établissement des conditions individuelles
compatibles avec la santé et les soins à réaliser.
L’objectif est de
déterminer ou au moins de réduire les risques en favorisant les facteurs
protecteurs et en combattant les facteurs nuisibles.
Les moyens pour y
parvenir sont variés : enseignement de l’hygiène, nettoyage
prophylactique, conseils alimentaires, élimination des bactéries,
prescriptions…Toutes ces procédures ne sont pas utiles pour chacun. Le
traitement est individualisé.
3) La phase restauratrice :
Cette phase vise la
restauration à long terme des atteintes buccales et le remplacement des travaux
inadaptés.
C’est ici que
l’expertise de la profession dentaire trouve sa plus grande expression grâce à
des compétences variées.
L’exercice de la
dentisterie a la particularité d’être une succession d’actes dont la réussite
individuelle conditionne globalement le résultat.
A l’heure ou
l’essentiel des travaux de dentisterie consiste en une reprise des traitements,
on comprend l’intérêt d’assurer une dentisterie de qualité basée sur l’économie
des tissus, la durabilité, la protection des dents résiduelles, le choix des
matériaux, l’étanchéité des restaurations, des protocoles de travail précis et
reproductibles.
L’évolution continuelle
des données scientifiques conduit à une mise à jour des connaissances d’abord
du praticien, puis du patient.
Une tâche
essentielle consiste à informer les patients du processus carieux et
infectieux, et de la valeur des manœuvres contemporaines de dentisterie
prophylactique.
Le but de la
dentisterie de ce siècle est réellement d’empêcher la mise en place de
restaurations.
Et quand une restauration est nécessaire, l’objectif devient la préservation
des tissus grâce à des actes d’invasion minimum et la pérennité dans le temps
de cette restauration.
4 ) La phase de maintenance :
C’est probablement
la phase du plus gros challenge.
L’objectif est de
transformer la demande curative du patient en une demande préventive :
‘’la mission de mon chirurgien-dentiste est d’empêcher l’apparition des caries
et des déchaussements, plus que de reboucher des cavités provoquées par les
caries et de stabiliser le déchaussement’’.
L’aboutissement
logique d’une prise en charge globale des maladies buccales et, après guérison,
le maintien de la santé. L’aboutissement logique d’une prise en charge globale
de la santé d’un patient est aussi son maintien en santé.
Cette santé est
précaire et ne saurait être assurée tout au long de la vie sans une
participation permanente du chirurgien-dentiste.
Le statut du patient
tant sur le plan du terrain que du risque peut évoluer en augmentant ou en
diminuant sous l’influence de son état général, d’un événement émotionnel, de
son efficacité personnelle à maintenir une bonne hygiène de sa bouche, à
assurer ses rendez-vous…à trouver un cabinet dentaire qui assure la continuité
en cas de déménagement…
Il est clair que si
les trois premières phases représentent pour le patient des rendez-vous sur
quelques semaines à quelques mois, la quatrième phase l’engage pour la vie.
Les patients qui
sont inscrits dans un programme de maintenance apprécient le maintien de leur
santé.
Ils se révèlent, à
la faveur de la perte du statut de patients malades, de véritables patients
consommateurs prompts à une demande tournée vers autre chose que le
soulagement.
Pour conclure,
l’évolution de la profession de chirurgien-dentiste est aujourd’hui la
transition d’un système de soins orienté vers la maladie à un système de soins
orienté vers la santé.
La dentisterie
prophylactique qui est une dentisterie globale individualisée s’inscrit dans ce
changement de cap.
Elle ne s’adresse
pas seulement aux dix à quinze pour cent des patients à haut risque ou aux
patients à faible risque, elle concerne cent pour cent de la population.
Par ailleurs et pour
le moment, elle concerne zéro pour cent des Pouvoirs Publics, zéro pour cent de
la Sécurité Sociale et un pour cent des assurances complémentaires.